Pourquoi je soutiens la politique de Trichet

Jean-Claude Trichet fait un travail remarquable.
Je dois avouer avoir trouvé sa politique parfois trop rigide, mais ça me semble plus approprié qu’une politique laxiste de baisse des taux d’intérêts à tour de bras.

La crise économique que nous traversons, et qui a commencé par une crise financière, trouve sa source dans la frilosité des banques à prêter de l’argent. Le comportement des banques est assez compréhensible. Elles se sont pris des milliards de pertes dues aux subprimes, ie. à des politiques de prêts trop laxistes, et à ses effets secondaires (faillite d’entités financières telle Lehman Brother, nationalisation de Fannie Mae et Freddy Mac qui prêtaient de l’argent aux acheteurs immobiliers, faillite des assureurs…). Par conséquent, les banques ont pris une posture inverse à leur politique antérieure, cette fois-ci avec des rejets exagérés de demandes d’emprunt.

Autrement dit, la crise économique que nous traversons trouve son origine principalement dans le manque de confiance des banques qui ne jouent plus leur rôle de financeur d’activité.

Dans ce cadre, que peut faire la Fed ou la BCE ? A vrai dire, pas grand chose. Leurs actions peuvent être d’injecter des liquidités à travers des opérations de marchés (achat/vente de bons du trésor), de baisser les taux directeurs pour que les banques aient accès à de l’argent à bas coût et puissent accorder des prêts plus facilement. Or, dans le premier cas comme dans le second, l’intermédiaire est toujours le même : les banques. Il faut garder à l’esprit que la Fed et la BCE ne sont rien d’autre que la banque des banques. Leurs clients sont les banques, qui répercutent la politique de la Fed et de la BCE, si elles désirent jouer le jeu. Et c’est bien là notre problème.

Aujourd’hui la situation est tout simplement un manque de confiance. Les banques ne veulent pas jouer le jeu. Baisser les taux d’intérêts à tour de bras n’est pas la solution. Baisser les taux d’intérêts ne fait que rendre l’argent moins cher aux banques. Si ces dernières ne souhaitent pas allouer plus de crédits, l’effet s’arrête net, et le résultat est tout simplement une augmentation des bénéfices de banques (elles ont accès à de l’argent pour pas cher, et nous le proposent à un taux beaucoup plus élevé) et non une relance de l’économie par une augmentation de la consommation et des investissements.

Comment peut-on savoir si les banques jouent le jeu ou non ? Tout simplement en surveillant deux taux d’intérêt : le LIBOR et l’Euribor. Le LIBOR est le taux d’intérêt auquel les banques se prêtent entre-elles des dollars. L’Euribor est le taux d’intérêt auquel les banques se prêtent entre-elles des euros.
Ces taux nous concernent directement car lorsqu’en tant qu’entreprise ou consommateur nous allons demander un prêt au banquier, le taux d’intérêt auquel l’emprunt nous est fait est directement détirminé  par le LIBOR ou l’Euribor (si l’emprunt est respectivement en dollars ou en euros) plus la marge appliquée par la banque.
En d’autre termes, plus le LIBOR et l’Euribor sont élevés, moins les banques jouent le jeu de financer l’économie en prêtant de l’argent, et plus le robinet du crédit est fermé.

L’alchimie du président de la Fed ou du directeur de la BCE est d’arriver à rouvrir ce robinet du crédit.

Une possibilité est tout simplement de baisser les taux d’intérêts, permettant de cette manière aux banques d’avoir accès à de l’argent à faible taux d’intérêts auprès de la BCE ou de la Fed, et ainsi de pouvoir prêter également aux investisseurs de l’argent plus facilement car moins cher. Comme nous l’avons vu plus haut, cette politique a marché par le passé, lorsque les banques jouaient le jeu, mais en ce moment ne marche pas.

Au lieu de faire des coupes franches “à l’aveugle” en espérant que les banques vont jouer le jeu et relancer l’économie, comme le fait Ben Bernanke (Fed), Jean-Claude Trichet (BCE) a décidé de faire du donnant-donnant avec les banques, et à décidé de leur faire porter leur responsabilité. Il a ouvertement critiqué les banques en disant que l’Euribor était sur-élevé de 1,11% et que lui de son côté s’engage à réduire d’avantage les taux d’intérêt seulement si les banques s’engagent à réduire l’Euribor, autrement dit seulement si les banques acceptent à nouveau de jouer leur rôle de financeur de l’économie.

Je trouve cette mesure audacieuse, mais surtout juste. J-C. Trichet n’a pas cédé au populisme consistant à baisser les taux aveuglément pour montrer que l’on fait tout notre possible pour relancer l’économie. Il a agit en deux phases: 1) on baisse partiellement les taux d’intérêt pour montrer la volonté de la BCE de relancer l’économie 2) on essaie de viser la véritable cause de la crise (le manque de confiance des banques) en faisant porter aux banques la responsabilité qui est la leur, et en proposant un chemin commun, réfléchi, de relance coordonnée avec la BCE.

Cette voie me semble la meilleure pour sortir de la crise, et s’attaquer à la source du problème pour le résoudre durablement.
Merci M. Trichet.

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